Ce que l’analyse est censée apporter
Nombreuses sont les raisons qui poussent une personne à entreprendre une analyse. On va voir un psychanalyste parce que quelque chose cloche dans nos comportements, nos pensées, nos liens ou nos sentiments ; ce quelque chose se répète sans cesse et nous mène à la conscience d’être pris dans notre propre impasse. On éprouve un mal-être qui serait un « mal-à-être » selon l’expression de Lacan. Il peut s’agir aussi, à l’occasion, d’un manque à avoir mais en définitive, il se traduit par l’expérience de quelque chose qui se dérobe à l’être.
Qu’est-ce qu’une analyse réussie ? Quel savoir l’analyste et le patient construisent-ils dans le cadre analytique ?
Élaborer un savoir sur soi
Une séance d’analyse n’a pas le même objectif que celle d’une consultation avec un psychothérapeute. L’analyste ne donnera pas de conseils, ne suggèrera pas de solutions ; il écoutera activement, posera des questions d’explicitation à l’analysant pour l’aider à mieux s’entendre. Analyste et analysant coopèrent ensemble pour suivre les traces de la vérité sur soi, vérité qu’on a souvent tous tendance à rejeter.
Pourquoi une cure par la parole ? Parce que la langue est faite de mots de passe. Les mots, une fois donnés, deviennent des passages symboliques. Ils entraînent d’autres mots, en chapelet, en chaîne.
Parler en séance, c’est mettre en circulation des paroles, de l’expérience. Le patient arrive avec une demande porteuse de clarté autant que de secret. Analyste et analysant s’engagent à réagir au message de l’autre, aux mots de passe, par d’autres mots, expressions ou fragments. L’un et l’autre explorent un rapport à la langue, à l’autre mais aussi aux autres.
En effet, l’échange expose toujours au risque de la polysémie, à la nécessité de négocier les sens, à l’obligation de vivre dans un possible malentendu. L’analysant se découvre en train de broder des mots, des paroles autour du motif central de la demande. Il déplie le sens de quelques-unes des sensations suscitées par les paroles reçues.
Ce parcours implicite ménage des découvertes, des surprises et de nouvelles pistes de parole.
Par ailleurs, parler ce n’est pas seulement donner et savoir donner ; c’est aussi recevoir et savoir recevoir. L’écoute de l’analyste vise essentiellement à refléter ce qui est communiquéet non pas ce qui est révélé à l’insu du patient. Car le révélé est le résultat de l’activité intellectuelle de l’écoutant, le résultat de sa déduction, de son interprétation.
L’analyste se doit de ne refléter que ce qui produit un effet sur la relation avec le patient et sur la clarification du problème. Il veille à établir un espace de rencontre à l’abri du jugement pour que le patient exprime ses sentiments. Il s’abstiendra de toute directivité dans le processus d’explicitation du problème ; car seule la personne concernée peut donner un sens à son expérience.
En prenant connaissance de sa réflexion à partir des paroles qu’il a lui-même prononcées, l’analysant saisit l’information et dispose d’un moment pour noter les convergences ou les divergences entre son intention initiale et la réception du traitement de ses paroles par l’analyste. Cette confrontation lui permet de se mettre à distance, car soumettre sa réflexion à l’écoute active de l’autre, c’est d’abord accepter de se soumettre à son propre regard.
Les trois obligations à la base de la séance : donner, recevoir, rendre, font comprendre au patient que le don d’une parole n’est pas un cadeau sans conséquence. Il s’agit d’un acte créateur, d’un savoir sur soi qu’on élabore.
Devenir conscient de son économie psychique
La psyché est comme un système dans lequel les éléments sont interdépendants et évolutifs. L’interaction des pulsions ou forces psychiques qui l’animent occasionnent souvent des conflits. Tout comme l’univers, la psyché doit lutter constamment contre une tension constante vers le chaos et le désordre. Elle recourt à trois organes de l’équilibration : la régulation, la rétroaction et l’anticipation. A cheval sur le cognitif, le neurobiologique et le social, la psyché selon la psychanalyse, est toujours en équilibre instable qui est un savoir-y-faire avec la pulsion (ou force psychique).
Pour accompagner efficacement l’analysant, l’analyste cherchera des réponses aux questions suivantes : quelle est la structure psychique (ou personnalité) de la personne que je vais accompagner ? Quels sont les traits psychologiques qui caractérisent sa manière d’interagir avec l’environnement ? Les fonctions psychiques (ou processus mentaux : intellect, sentiment, sensation et intuition) sont-elles efficaces, évoluées et coordonnées entre elles ? Les instances (le ça, le Moi et le Surmoi) sont-elles archaïques ou élaborées ? Quel est l’équilibre pulsionnel au sein du ça ? Qu’en est-il de la capacité régulatrice du Moi ? Quelles sont les caractéristiques des structures fantasmatiques et celles de l’objet ? La dynamique psychique est-elle conflictuelle ou y-a-t-il un déséquilibre d’investissement ? Les mécanismes de défense sont-ils simplistes ou adaptés ? Les symptômes apparaissent lorsque l’équilibre qui a permis l’adaptation est rompu. La pathologie est due soit à une forme archaïque de fonctionnement psychique, soit à un déséquilibre pulsionnel.
L’objectif premier d’une analyse est le maintien de la communication entre les instances. L’analysant apprendra à remanier le symptôme en renforçant le Moi pour le rendre capable de réguler le processus d’équilibration. Il prendra conscience de son économie psychique qui est à la base de la génération de ses faits mentaux et comportementaux.
En explorant la circulation des « valeurs » qui le modèlent, il mesurera l’impact de l’habitus social passé et actuel, sur sa structure psychique ; notamment sur le Surmoi qui mémorise les interdits et les éléments identificatoires issus des parents et de la culture ainsi que sur le moi idéal personnel et collectif et surtout sur le Ça, l’instance qui lie les pulsions à des schèmes relationnels. A noter que le psychisme varie selon les cultures au cours de l’histoire ; celles-ci pouvant devenir cause de pathologie si elles rendent l’adaptation difficile ou impossible.
Remettre à jour les impasses pour accéder à la position de sujet
Renforcer le Moi signifie rendre le sujet plus conscient de ses motifs et de ses buts. Un être humain se caractérise d’avoir d’une part des désirs (ou des souhaits multiples) et de l’autre d’être habité par Son désir, désir singulier, le désir inconscient. Au-delà de la demande consciente du patient, l’analyste se doit d’écouter l’autre demande, la vraie, celle de l’Inconscient.
Corrélativement, il existe les objets du désir ordinaire et l’objet du désir fondamental, l’objeta (dit l’objet petit a, le « a » étant une inconnue) dont la définition a été introduite par Lacan en 1960. Cet objet inconnu (a) est celui qui depuis les profondeurs de l’être, cause le désir, fait mouvoir l’être dans sa propre vie. Il s’agit d’un objet particulier et unique pour chacun.
L’objet a se situe comme antérieur aux objets banals. Il est en lien avec la vérité première du sujet. Il procède de la gravité, de ce qui fait tenir la structure et garantit l’harmonie. Il a une dimension éthique.
Ainsi, le manque-à-être est au centre de la demande d’analyse. Dans le cadre de l’analyse, le patient cherche à savoir qui il est et quel est son vrai désir en passant par l’interaction avec l’analyste. C’est donc un savoir sur l’être, un savoir de l’Inconscient que le patient cherche pour vivre ajusté à son désir fondamental, à ce qui le fait mouvoir.
Ce faisant, le mode de fonctionnement psychique des processus de réactivité archaïques et primaires qui obéissent au principe de plaisir évolueront vers les processus secondaires tenant compte du principe de réalité.
L’analyste aura à occuper la position de l’objet a qui relance le désir de savoir en s’appuyant sur le lien analytique. Il sera celui qui remorque, qui remet le désir fondamental de la personne sur son orbite.
Il guidera l’analysant à cerner son objet cause de désir mais surtout à accéder au rapport qu’il entretient avec cet objet. Suite à cet accès, il l’accompagnera sur le chemin de la libération du rapport qu’il entretient avec lui pour y introduire une clarté, désactiver certains versants obscurs, traverser l’aliénation au scénario qui l’organise. L’analyste s’attachera à mettre au jour l’épure logique de l’Inconscient du patient en guettant l’apparition fugitive de la parole nouvelle, insolite. Son questionnement aidera le patient à trouver le sens juste au symptôme en orientant son attention sur certains points encore invisibles de lui de son discours, révélant ce que le patient ne sait pas qu’il dit en le disant. C’est à cette condition que les effets d’être se produisent chez le patient.
Deux obstacles guettent le processus d’analyse. Le premier est la résistance de l’analysant. Nous avons tendance à nous « agripper » à la maladie et au symptôme malgré la souffrance occasionnée. Résister diffère de se défendre. On résiste lorsqu’on refuse de reconnaître des contenus inconscients. L’absence de conflictualité est un signe de résistance à guérir.
Le transfert est aussi une résistance à l’analyse puisqu’il bloque le travail associatif. En revanche, du fait qu’il actualise des conflits infantiles, il devient le moteur de l’analyse. D’où l’intérêt transformationnel de l’analyse car les conflits apparaissent. La résistance disparait lorsque le conflit qui l’a faite naître, a été résolu.
La résistance est le propre de la pensée et elle est liée à la notion de vérité. S’il y a résistance, cela signifie conflit et refoulement ; il y a donc trace de vérité. Elle signe le travail de l’Inconscient qui tend à se faire entendre tout en travaillant à se cacher. Elle révèle la présence de forces cachées dont les messages ne se font entendre que dans la clandestinité parce qu’inconciliables avec la réalité. L’Inconscient pointe son nez dans la répétitivité du symptôme (résistance et transfert) ou dans les faits de la vie quotidienne.
Le symptôme en psychanalyse est une « métaphore ». Le réel hors-sens du symptôme a soif de vérité ; cette vérité, l’analysant la met à jour dans le déchiffrage de son symptôme. Arriver à ce que le réel du symptôme n’ait plus soif de vérité, c’est mettre un terme à la métaphorisation afin d’apercevoir sa manière fixe d’obtenir satisfaction (ou « fixation de jouissance »). Or ce processus ne peut se faire que par le recours à la vérité, même si la vérité ne peut se dire toute !
L’effet d’être produit une extension de la conscience de soi grâce à la parole analytique. Ce qu’il y a en nous d’espaces aveugles non subjectivés (donc hors sens) nous pourrons désormais l’habiter (en partie) à condition d’en passer par la parole analytique. C’est donc un savoir de l’Inconscient qui rendra la personne libre, lui mettant entre les mains une boussole pour la conduite de sa vie.
La remise au jour des impasses permettra au patient de les penser et ainsi de ne plus les répéter. En s’écartant de la réaction attendue, l’analyste incarnera la force centrifuge qui éjectera le patient de la répétition et le transportera vers la libre interrogation de ce qu’il désirait dans le lien (familial, professionnel, amoureux).
Le sujet est remis dans le champ vectoriel de ses forces vitales lorsqu’il saisit que tel phénomène de son être (le symptôme) qui semblait dénué de sens, est lisible dans la logique de l’Inconscient. Il se rendra compte que son Inconscient lui envoie des messages dont il est lui-même l’auteur, le penseur. Qu’il est donc le sujet et non l’objet du savoir inconscient. Ce faisant, l’analysant sort de la position d’objet déplorant son destin ou de visiteur passif de son existence, pour reprendre une position de sujet, venant interroger l’insupportable avec une sérieuse intention de changement.
Construire une protection et rectifier le lien à l’autre
C’est Lacan le premier qui nous met en garde : il ne faut pas céder sur son désir. Lorsqu’on cède à notre désir, on cède à la forme du désir qui nous satisfait dans l’instant. L’angoisse naîtra immanquablement au cas où céder au désir de l’instant nous jette à l’opposé de notre désir fondamental. Céder sur son désir fondamental s’accompagne toujours d’une trahison nous dit Lacan. On trahit ses valeurs, son dessein ou bien on tolère qu’un autre les trahisse dans le contexte d’un pacte avec l’autre.
Ne pas céder sur son désir implique aussi ne pas s’accorder l’autorisation de maltraiter l’autre, de le traiter comme objet. Car lorsqu’on cède à son désir, c’est le désir qui fait la loi.
La faute éthique d’une personne en couple avec une personne qu’elle aime mais ne désire pas (jouissance érotique et amour sont disjoints), réside dans sa manière de traiter son malheur en trompant son compagnon ou sa compagne. Le nouage du désir sexuel et de l’amour ne va pas de soi pour personne. Les solutions symptomatiques abondent. Ces solutions douloureuses pour le sujet constituent des motifs de consultation. Au lieu de l’arrangement masqué, la personne se doit de se poser la question : « Quel cheminement, voire quelle mutation, pourraient-ils m’amener à un couple où se noueraient ensemble la jouissance et l’amour ? » car l’être qui trompe une personne qu’il tient à avoir dans sa vie, cède sur son désir en trahissant sa vraie demande.
3-2. Il en est de même pour la déprime et la dépression. On est déprimé lorsque le désir vacille ou nous déserte. On vient en analyse pour le ranimer. On sent aussi que l’on y est pour quelque chose. C’est comme si une part de nous-même a laissé s’éteindre la flamme olympique dont elle sait être le gardien mais on ignore comment s’est arrivé. D’où la culpabilité qu’on ressent.
Quant à la dépression, Freud nous dit : « Les états dépressifs résultent de la disparition du désir consécutive à une perte. Il s’agit de la perte d’un objet qui se trouvait fondamentalement investi par le désir du sujet. Le désir se trouve alors en souffrance et désinvestit l’ensemble du monde des objets (externes et internes). Le sujet éprouve la désertion de l’élan vital qui l’animait ».
L’analyse dans ce cas devra amener le sujet à cerner cet objet perdu mais aussi à cerner ce qu’il a perdu d’essentiel en cet objet. C’est la condition pour que le sujet sorte de la passivité et du désarroi en faisant l’épreuve de la réalité de la perte. Ainsi toute analyse comporte l’accomplissement d’un deuil par lequel nous parvenons à ne plus dépendre de tel ou tel objet, mais à nous orienter sur notre désir.
Lacan a posé un repère fondamental : avoir cédé sur son désir appelle réparation. On se saborde souvent pour nous punir inconsciemment. La culpabilité serait selon Lacan le sentiment éthique par excellence. Pour en échapper, le sujet doit inventer ce qui lui permettra d’assumer sa faute et de la dépasser.
Mais d’abord, il doit comprendre les ressorts de la faute éthique qu’il a commise envers lui-même, comprendre comment il en est arrivé à céder sur son désir. Tel ce chercheur qui a falsifié ses recherches par loyauté à sa supérieure hiérarchique. Or Lacan nous dit que l’idée plus ou moins consciente qui soutient notre dévouement au bien de l’autre est que celui-ci nous mettra à l’abri de la culpabilité. Or on ne peut leurrer l’Inconscient. Seule notre pensée consciente est dupe des diversions éthiques par lesquelles nous cherchons à échapper à la juste mesure de notre action en invoquant toutes sortes de raisons. Dans notre monde intérieur, le jugement éthique s’oriente sur notre désir, et interroge notre conduite : avons-nous agi conformément au désir fondamental qui nous habite ?
Il arrive que la culpabilité, ce message d’avertissement, faute d’être déchiffré, ne conduit pas le sujet à en tirer les conséquences. Le signal insiste. L’affect d’angoisse se déchaine en intensité et s’étend à des circonstances de plus en plus nombreuses, prenant en otage la vie du sujet.
C’est dans le cadre du lien à l’autre qu’il est souvent nécessaire de faire une « rectification subjective » décisive. Souvent la garantie d’être aimé et ne jamais être abandonné nous pousse inconsciemment à adopter une position d’objet. Telle cette dame qui éprouvait de l’angoisse face à des personnes intrusives parce qu’elle avait du mal à défendre son intimité. L’angoisse avait une double fonction : d’abord d’alerte puis de limite. Elle signale la présence d’un Autre vorace. Elle vient faire limite et arrêter l’Autre dans sa dévoration. La dame opposait ses larmes en dernier rempart à l’autre. La crise d’angoisse est une mise en acte inconsciente venant signifier à l’autre : « je ne sais pas ce que tu me veux, mais regarde ce que tu fais de moi ». Or si l’autre nous réduit à ce seul statut d’objet, cet autre n’est pas capable d’un authentique amour car être aimé, c’est être reconnu dans sa valeur d’être humain.
Dans ce cas, Lacan nous dit qu’une « rectification subjective » est nécessaire. En toutes relations, se refuser à incarner l’objet qui doit alimenter l’Autre, pour exister à travers sa propre identité de sujet. Pour cela, commencer à se repérer non plus sur l’idée qu’on se fait de la volonté de l’autre, mais sur son propre désir, devenu la boussole.
L’angoisse prévient aussi le sujet qu’il risque de faire l’expérience d’un manque, qui est un manque d’aide donc un manque de l’Autre qui ne répond pas, y compris si cet Autre est Dieu lui-même pour le croyant. Une analyse est souvent le réceptacle de cette question : « qu’est-ce qui nous protège, nous humains dans l’existence ? » La psychanalyse nous dit qu’il n’y a pas de réponse universelle à cette question. La nature de la protection émergera de notre ordre intérieur. « Que me veut l’Autre ? » dit le patient croyant qui se sent parfois brusquement démuni face à l’énigme du vouloir divin.
Si la trajectoire analytique contribue à un changement de position du sujet, à l’issue duquel sa souffrance est levée et sa vie réinventée, dans le cas du patient croyant, il s’agit de repenser son idée de Dieu pour lui permettre de réinventer sa manière singulière d’être croyant de sorte que la voie de la foi religieuse converge avec son désir et qu’elle ne soit pas un abime de crainte et de sacrifice. L’angoisse diminuera à mesure que la face obscure et toute-puissante de Dieu se déplace pour céder la place à une nouvelle représentation d’un Dieu bienveillant voulant essentiellement la sauvegarde et le bonheur ; mais aussi à mesure qu’émerge la représentation d’un Dieu énigmatique dont l’être humain devra supporter l’absence à un moment donné. Un Dieu qui peut s’absenter devient le nom sacré du désir du croyant. C’est à ce prix qu’on devient un sujet et non plus un objet.
Ainsi l’analyse porte toujours un enjeu de séparation à l’endroit de l’Autre (quelle que soit la figure de cet Autre) dans ce que Lacan a appelé « la différence absolue ». Pierre Brunot va dans ce sens lorsqu’il nous dit : « le sujet est le lieu où l’angoisse peut naitre s’il n’est pas séparé de l’Autre ». C’est donc notre dépendance à l’encontre de cet Autre qui nous met en position d’objet de son désir. Or l’Autre infaillible, omnipotent n’existe pas. Il s’agit de bien se séparer car mal se séparer renforce la dépendance. Bien se séparer de l’autre, c’est accepter son propre manque fondamental puis à y voir la possibilité de s’apaiser, de se penser libre de désirer. P. Bruno nous dit : « Que l’Autre manque, est ce dont le sujet doit faire l’épreuve pour transformer ce manque en appui ». Telle est la protection que chaque patient peut construire dans la trajectoire d’une psychanalyse.
En conclusion, une analyse réussie incarnerait la parole de Nietzsche : « Deviens ce que tu es ». Ceci passe par la quête de la vérité qui permettra la transmutation du désespoir inhérent à l’existence humaine en espoir invincible.
L’ordre en cure vient non de la morale mais de l’Inconscient dans sa dimension de savoir à faire émerger mais aussi de réel à assumer.
Le dépassement de soi équivaut à une augmentation qualitative de la sphère subjective. Le Je étant « le sujet de l’Inconscient » en devenant pour part conscient, gagne sur les espaces obscurs du ça, mais sans l’épuiser ni le résorber. Tel est le premier effet d’être de l’analyse : une modification dans le montage pulsionnel. Une partie du hors sens rentre dans la sphère du sens.
Par ailleurs, prendre la mesure du réel – le réel étant ce qui n’a pas de réponse et que l’on ne peut pas changer- ne relève pas d’un gain de savoir mais d’un gain de lucidité sur l’existence humaine. L’analyse permet la levée du symptôme et de la souffrance qui l’accompagne. Celui-ci devient une particularité positive, une manière d’être unique, une lumière qui éclaire une route avec toutes ses ramifications singulières. Cette route n’est pas un destin tracé ; elle est ce que l’être est et ce qu’il invente par son désir et ses surprises.
Références bibliographiques
Le séminaire. Livre VII, L’éthique de la psychanalyse : 1959-1960 : [texte établi par Jacques-Alain Miller].
Le séminaire. Livre XXIII, Le Sinthome : [1975-1976].
La guérison psychologique, Carl Gustave Jung, trad. et préf. Roland CAHEN, Editeur : Genève : Georg, 1993.
